Cherbourg : de la gare maritime au terminal croisières


Tous, établis ou de passage à Cherbourg, l'auront remarqué : l'extrêmité nord de la ville est occupé par une merveille d'art-déco, que les anciens nomme "gare maritime transatlantique", et les touristes "cité de la mer".

L'histoire du bâtiment : de la nécessité d'agrandissement, à la construction

Retournons en 1915. Nous sommes sur la jetée de l'ancien Arsenal. Une petite gare maritime se tient là, et accueille tant bien que mal le très intense trafic de l'époque (900 paquebots par an, soit trois par jour!). La gare étant établie le long d'un chenal peu profond (5 m), ce sont les transbordeurs, qui ne cessent de parcourir la rade, pour transporter les passagers des paquebots en escale (en Grande Rade).

Dès cette époque, la situation devient assez inadéquate, et les autorités portuaires (CCI) projettent l'aménagement d'un port, adapté aux paquebots de l'époque (époque pendant laquelle régnait déjà le gigantisme maritime). Malgré l'avortement de tout extension pendant la guerre (1914-1918), le trafic reprenant de plus belle dès le début des années 1920, l'agrandissement des infrastructures portuaires se concrétisa.

En 1922, un vaste complexe est construit, pour accueillir les émigrants qui fuient la misére européene et partent vers l'Amérique (par les paquebots de la White Star,  la Red Star, ou la Cunard, déjà présente). Ce bâtiment, c'est l'hôtel Atlantique, qui abrite aujourd'hui diverses entreprises, ainsi que la CCI.

Vers 1925, le projet de zone adaptée aux paquebots est enfin amorcé. Il prévoit :
- l'aménagement d'un vaste môle de 640 m de long, dans le prolongement de la jetée de l'Ancien arsenal

- la construction, sur ce môle, d'un vaste bâtiment, capable d'assurer la correspondance des passagers et des marchandises entre rail, route et mer.
- le dragage à une hauteur navigable le long du quai de môle (-14 m), nommé Quai de  France

Le môle est terminé en 1929, mais, dès 1928, les travaux de la gare maritime sont débutés. Le chef-d'oeuvre d'art déco doit ses plans à René Levavasseur, architecte cherbourgeois.

La gigantesque (et magnifique) gare maritime sera terminée en 1933. Dès 1932, le Quai de France accueillera son premier paquebot : il s'agit du Degrasse, de la CGT (Compagnie Générale Transatlantique), dérouté du Havre à cause d'un mouvement social. Le bâtiment est à l'époque long d'environ 300 m, et permet l'accueil des passagers de deux paquebors en simultané. La gare est divisée en deux partie : à l'ouest, le Hall des trains abrite quatre voies à quais, et, à l'est, le long du Quai de France, la gare maritime à proprement parler, qui s'étale sur environ 300 m. On y trouve tous les services utiles dans une gare : douanes, salons, bars, souvenirs de Paris... La décoration, par Marc Simon, fait du bâtiment l'un des plus beaux monuments art-déco d'Europe. Le long du Quai, on trouve un campanile (tour), de 67 m de haut, qui permet aux passagers d'admirer les navires à quai. Entre les deux parties, la voie charretière permet la correspondance avec la route.


C'est le 29 juillet 1933 que la gare maritme sera inaugurée, par A. Lebrun, président de la République Française à l'époque.

C'est dès février 1934 (le 25), que le trafic transatlantique débutera réellement au Quai de France. La CCI reçoit en effet les commandants des EUROPA et BREMEN, de la Norddeutscher Lloyd, qui sera la première compagnie à s'installer dans le port flambant neuf. Quelques temps après, ce sera au tour de la Royal Mail, puis de la Cunard, qui escale régulièrement en rade depuis 1921. Cette dernière prévoit alors de placer le Queen Mary, premier du nom, sur la ligne  Southampton_Cherbourg_New York. Le fameux paquebot ressemble à son grand frère d'aujourd'hui : même longueur ou presque (310 m, 345 pour le QM2), à la même vocation (liner pour transat de l'Angleterre à New York), et... fréquente régulièrement Cherbourg. Le liner accostera à Cherbourg pour la première fois le 27 mai 1936, c'est alors le plus grand paquebot à toucher le Quai de France.

Cherbourg est alors le 3e port de commerce de France, et reçoit le Queen Mary tous les 15 jours. En 1937, le port accueille presque 80 000 passagers .

1939 à 1945 : la guerre, et les souffrances de la gare


On s'en doute, les infrastructures portuaires de Cherbourg ne passeront pas inaperçues des allemands, qui prendront possession de la gare dès le début de la guerre, et quitteront le môle en laissant de profondes plaies. En 1944, la gare ressemble à champ de bataille : le campanile a sauté, et la partie sud n'est plus que ruines. Le quai de France est lui-même très endommagé, et les accessoires du quai (passerelles, grues) gisent au fond de la darse.
 


On l'aura compris, les travaux de réhabilitation sont considérables. Et urgents : le trafic reprend dès 1946.
Les travaux seront débutés en 1948, et terminés en 1952. La rénovation à l'identique aurait demandé un temps et une mise de fond considérable, aussi la partie reconstruite sera beaucoup plus dépouillée, et aussi aux dimensions réduites.

Le Queen Mary reprendra le chemin de Cherbourg dès 1952. Cependant, l'ère aérienne commence : les longs-courriers, moins chers et plus rapides, commencent à détrôner les rois de l'Ocean. Cunard, dernière compagnie à assurer les liaisons transatlantiques, annonce déjà de retirer ses deux paquebots, les Queen Mary & Queen Elizabeth.
 

C'est en 1968 que les deux Queen termineront leur carrière : l'adieu au Queen Mary se fera en septembre 67 ; celui au Queen Elizabeth en novembre 1968. C'est à partir de cette époque que le môle de Cherbourg tombera en léthargie, et, même si le Queen Elizabeth 2 avait choisit Cherbourg en 1964 en escale régulière pour la transatlantique, le trafic reste insuffisant, et la CCI doit se tourner vers d'autres trafics.

Toutes ces raisons pousseront la direction du port à entamer une phase d'adaptation du môle au trafic fret, qui passe par...des démolitions. La galerie d'embarquement au nord saute en mars 1982, celle au sud mi 1982, puis c'est au tour de toute la partie reconstruite, de disparaître, en novembre 1982.

Ces démolitions semblèrent laisser froid les cherbourgeois. Cependant, lorsque la DDE annonce la destruction du hall des trains, en 1990, une vive protestation s'éléve. La gare est classé monument historique, et sa promotion commence.

En 1989, le projet d'un musée océanographique voit le jour : cette vocation sera confirmée en 1996, notamment par la décision de transformer le SNLE Redoutable en musée, à Cherbourg.
 


C'est en 2002 qu'ouvre la Cité de la Mer, occupant le Hall des trains et la partie nord du môle. Le musée sera rapidement reconnu nationalement, et accueillera des touristes de la France entière.

En 2004, la Cunard montre sa confiance envers Cherbourg, et le port accueille une escale du Queen Mary 2 en pleine saison inaugurale. L'événement marque un tournant pour l'histoire de la gare maritime : Cherbourg redore son blason maritime, et un vaste programme de rénovation débute.
 


Les travaux se termineront le 6 décembre 2006. Les cherbourgeois découvrent alors une magnifique installation, qui réconcilie à merveille art-déco et moderne.



Visite guidée



Les croisièristes débarquent du bateau par les passerelles, les mêmes qui servent depuis 50 ans maintenant. Ils traversent la salle des Douanes, et arrivent dans la partie rénovée. Celle-ci comporte galerie d'art au premier étage, et point d'info touristique au rez de chaussée, et est occupé par diver stand (souvenirs, produits locaux, photos...)

Après avoir franchi la porte du teminal, les croisièristes peuvent soit aller à la Cité de la Mar, par un accès direct au hall des trains, soit gagner le parking devant le terminal, où ils trouvent excursions & navettes vers le centre-ville.

La Salle des Pas Perdus a été coupée du terminal ; salle de conférences, elle est loué aux grandes occasions.

Le terminal se sera montré pratique et foctionnel, notamment le 15 juillet 2008, à l'occasion de la croisière qui débutait à Cherbourg.

 



A votre disposition, un plan de visite du môle que j'ai moi-même ellaboré à télécharger au format pdf :

voir ici - format pdf