Le fret à Cherbourg : de l'après-guerre à aujourd'hui

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Cette activité a toujours été le point faible du port : d'une manière générale, Cherbourg n'a jamais connu de trafic diversifié et solide au long terme. Voici un historique des principales activités que les quais ont vu défiler, depuis 1945.

 

Par son emplacement à l'entrée de la Manche, le port est rapidement devenu l'une des portes des américains. Dès la Libération jusqu'à la fin des années 50, le Cotentin va accueillir des centaines d'escales de liberty-ships, déchargeant diverses marchandises : de la nourriture, des vêtements, du charbon, et même des colis parfois plus encombrants, tels que des locomotives vapeur, le réseau ferré français étant totalement dévasté.

Le trafic militaire sera renforcé à partir de 1949 par le contexte de Guerre Froide : Cherbourg est l'un des ports par lesquels transitent tout le matériel défensif importé d'Amérique pour renforcer le Rideau de Fer. Sont débarqués des canons, diverses armes, des munitions, et même des chars.

 

Dans les années 50, l'activité transatlantique du port est complétée par divers trafics fret : céréales, charbon et minerai, roches de carrière, ferrailles... Le plus florissant est sans doute le vin exporté vers Alger : dès 1953, le Quai de Normandie accueille deux cuves destinées à ce transit. Le bois exotique connait aussi un épanouissement, avec 14 escales en 1956.

 

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 Un fruitier de la SNC : type de cargos faisant escale à Cherbourg dans les années 60 

 

Les années 50 verront naître plusieurs projets pour le port : les liberty-ships sont de moins en moins nombreux, et on s'aperçoit rapidement de la nécessité de trouver un trafic majeur. Après le pôle charbon-acier, malheureusement parti à Rotterdam en 1952, est proposé le terminal hydrocarbures. Celui-ci se dessine en 1957 : il s'agit de faire de Cherbourg le port français capable d'accueillir les plus gros tankers du monde, ceux de plus de 320 m de long. Le charbon reste présent, sur le quai de l'Entrepôt.

 

Dans les années 1960, les derniers Liberty-ships font escale à Cherbourg ; c'est aussi la fin de l'export de vins vers Alger. Outre l'arrivée du fret transmanche, avec les premiers car-ferries, des marchandises diverses transtitent par le Cotentin, du bétail au carburant en passant par le charbon et le bois exotique.

Le premier hangar frigorifique du port est mis en service par Sofrino en 1962 : il va permettre l'accueil de transit de viandes. Un projet de terminal céréalier nait, mais est assez vite abandonné ; quant au pétrole, il part à Antifer, au Nord du Havre.

Les trafics restent les mêmes, et demeurent sporadiques : un peu de charbon, du bois exotique, du minerai... Dès lors, l'activité ferries devient le vecteur du port, devant le transatlantique s'essouflant.

 

Une plate-forme pétrolière au Quai de France - crédits Roland Godefroy 

 

Le cap de 1970 est marqué par un projet majeur : Cherbourg deviendra-t-il l'Eurobase des conteneurs en provenance des Etats-Unis ? En attendant, le Cotentin voit transiter du bois, du charbon, quelques hydrocarbures et de la viande.

L'année 1973 signe le début d'une longue ère de prospérité pour Cherbourg : les carriers arrivent. Toyota s'installe en août ; Citroën va suivre. Si les seconds passent par les car-ferries, la célébre marque japonaise importe directement du Pays du Soleil Levant : plusieurs fois par semaines, les énormes Wallenius et NYK viennent déverser leurs milliers de voitures neuves. Au Quai de France, les paquebots ont laissé place aux tankers, qui viennent recevoir leur dernier coup de peinture en sortant de St Nazaire.

Mais c'est le Terre-plein des Mielles qui va devenir le symbole du port, avec la célébre UIE. Les platte-formes pétrolières sont montées à la chaine à partir de 1973 ; le portique utilisé est plus haut que la Montagne du Roule. L'entreprise emploie un demi-millier d'ouvriers, et exporte ses platte-formes vers l'Europe du Nord.

 

100 - le Kapitan Lus quitte Cherbourg, 28 décembre

 

Outre des trafics variés tels que du lait en poudre ou de l'électroménager partant vers l'Italie, le port de Cherbourg voit passer en 1979 son premier cargo nucléaire : le Pacific Fisher fera deux escales, sa cargaison partant aussitôt vers La Hague. Encore aujourd'hui, plusieurs escales de ce type ont lieu chaque année (ci-dessus, le Kapitan Lus fin 2009).

 

L'année 1980 dit adieu à Citroën : l'usine de Rennes disparaît, et avec elle les voitures partent à Calais. Mais en paralléle, c'est le début d'un trafic conteneurs avec les îles britanniques : le circuit dessert Southampton, Belfast et Dublin ; l'expérience durera 5 ans avant d'être interrompue au nom de la rentabilité.

 

1984 : fin d'une expérience d'une dizaine d'années. L'UIE, faute de commandes, ferme ses portes, et licencie ses 388 salariés. Le portique est mis à terre le 13 août 1985 ; le terre-plein est désormais occupé par les voitures Toyota. Outre les voitures nippones et les car-ferries, le port est alimenté par des trafics divers (cables, explosifs, roches...).

 

L'événement des années 1990 est sans aucun doute le projet Fastship : il s'agit de relier les Etats-Unis et l'Europe en quatre jours, avec des navires de plus de 200 m de long accueillant plus de 1400 conteneurs. Annocé en 1997, le projet avance vite ; le Terre-plein des Flamands leur est destiné à partir de 1999 et on attend le premier navire en 2003.

Il était temps de trouver un nouveau souffle, Toyota annonçant son départ d'ici quelques temps...

 

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 Le Wallenius Mignon au Havre fin 2007

 

Les mois passent et l'avertissement de Toyota prend effet : l'usine de Valenciennes tournant à plein régime, inutile de passer par Cherbourg. Les Wallenius feront désormais escale à Zeebrugge, et la passerelle 5 voit son dernier véhicule passer le 30 décembre. Les car-ferries deviennent dès lors la seule activité majeure du port, et l'on attend Fastship avec impatience.

 

Justement : 2003 arrive, et rien de nouveau à l'ouest. Que se passe-t-il ? Les accords entre Cherbourg et Philadelphie ont été signés depuis longtemps, cependant le dossier patine, faute de trouver un chantier naval capable de construire les navires. On évoque en outre un probléme ferroviaire : les tunnels du Paris-Cherbourg pourraient bien être trop bas pour laisser passer les conteneurs... Le port vit sur les car-ferries, et accueille en outre quelques conteneurs - routiers - et plusieurs cargos d'explosifs.

 

En 2004, deux lignes ouvrent : l'une concerne des conteneurs, vers Waterford (Irlande), l'autre des produits frais vers la Russie. Malheureusement, elles disparaissent rapidement : la situation devient inquiétante pour le port, d'autant que P&O a évoqué l'éventualité de se retirer du transmanche...

 

La compagnie britannique tiendra sa promesse : le 14 janvier 2005, le Stena Adventurer, ex-Pride of Cherbourg, dit adieu au Cotentin. Dès lors, il devient urgent de trouver une nouvelle activité... chose difficile. Le terre-plein des Flamands est désormais sporadiquement animé, par les transits de roches, de conteneurs nucléaires, d'éoliennes et de ferraille.

 

044 - les barges du terminal charbonnier sont à Cherbourg, 23 juillet

 

L'année 2009 marque le hangement de gestionnaire du port, désormais concédé à la Chambre de Commerce et d'Industrie et au groupe LDA. Un projet concret va rapidement être proposé : il s'agit de faire de Cherbourg un port d'éclatement, assurant le transit entre les énormes capesize navigant au long cours et les petits cargos cabotant sur les côtes européenes. Le terminal commencera sur le charbon, avant d'évoluer vers d'autres trafics. Après un retard conséquent, ce terminal démarre peu à peu, accueillant à la fois charbon et sel industriel.

Dernière activité en date : à partir du printemps 2010 est lancée une liaison conteneurs vers Southampton et les îles anglo-normandes. La compagnie Huelin-Renouf assure une escale hebdomadaire, qui semble se maintenir. Le déclin des car-ferries se poursuivant, l'activité du terminal vrac pourrait devenir le vecteur de vie du port... Depuis 2009, les cherbourgeois ont eu l'occasion de découvrir de grands navires de charge, dépassant de loin les habitués du port. Autumn E, Valeria Della Gatta, Dina Trader... Ces cargos de grande taille ont apporté à Cherbourg en 2011 une partie croissante du trafic total.

 

Sources : Archives CCI / 120 ans en Cotentin, hors série La Presse de la Manche / collection personnelle